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Festival de violoncelle de Beauvais – Une interview d’Emmanuelle Bertrand, directrice artistique

Comme chaque printemps, Beauvais devient la capitale française du violoncelle avec un Festival qui se déroule cette année du 20 au 25 mai. En 2012, Emmanuelle Bertrand a pris la succession de Peter Wispelwey à la tête de la manifestation. Choix musicaux, importance de l’ancrage à Beauvais et dans le Beauvaisis, souvenirs émouvants d’Henri Dutilleux, importance de la transmission : la violoncelliste répond à Concertclassic.

Quel a été votre préoccupation première en prenant la direction artistique du Festival de Beauvais ? 
Emmanuelle BERTRAND : Avant toute chose, j’ai été très enthousiasmée de me lancer dans cette aventure car un vrai lien existe entre Beauvais et le violoncelle depuis plus d’une vingtaine d’années, avec une histoire très riche. L’une de mes priorités a été de cultiver le lien avec la vie culturelle locale ; faire venir de grands artistes qui parcourent le monde et susciter des rencontres avec les artistes qui font la vie musicale de la région. Etant géographiquement éloigné de Beauvais, Peter ne pouvait pas vraiment développer ce lien. Le Festival était magnifique mais n’appartenait plus aux personnes de la région. On a besoin d’elles pour le faire vivre et parce ce lien avec le public, avec les pratiques amateurs, la vie pédagogique, etc., est essentiel. Je voulais vraiment recréer le lien avec la ville et ses acteurs.

Quel est l’axe de la programmation de l’édition 2014 ? 
E.B. : A chaque édition sa thématique. On célèbre cette année le commencement de la première guerre mondiale ; le thème « Guerre et Paix » nous vaudra en ouverture de Festival un concert « Les Pablo de la Paix », un programme original autour des figures de Casals, Picasso et Neruda, qui m’a été proposé par Didier Sandre. Les thématiques me tiennent beaucoup à cœur. Vous savez que je m’intéresse souvent à des sujets en lien avec la musique. C’est le cas avec le Block 15, qui est repris au Festival cette année, ou « le violoncelle des tranchées » (l’instrument de Maurice Maréchal), qui fera l’objet d’une projection. Il me semble utile d’exploiter ces rencontres entre l’Histoire et la musique pour montrer que, loin d’être la chose un peu « superflue » que d’aucuns imaginent parfois, la musique peut être une raison d’exister dans les moments les plus tendus de l’Histoire. Une telle démarche permet de s’adresser aux fidèles du Festival qui ont l’habitude d’écouter les grands chefs-d’œuvre, mais aussi d’ouvrir le cadre, de tendre la main à d’autres auditeurs en s’appuyant sur ce que la musique a de plus symbolique pour les amener à nous et casser une certaine appréhension parfois.
Nous menons beaucoup d’actions pédagogiques, les concerts sont complètement gratuits pour les jeunes - et aussi pour les personnes qui n’ont tout simplement pas les moyens de s’acheter une place de concert. Nous allons aussi dans les maisons de retraite, etc. ; nous faisons en sorte d’ouvrir le plus possible le Festival pour en faire un lieu de partage, de rencontres.

A propos de rencontre, il s’en produit une, assez inattendue, entre le violoncelle et… le saxophone !...
E.B. : C’est absolument inédit, c’est le cas de le dire car ce concert (le 22 mai) réunit le Quatuor (de saxophones) Inédits et le violoncelle de Xavier Philips. Il s’agit d’une programme, assez audacieux, qui comporte notamment une création ; une grande pièce d’Olivier Calmel. L’idée de cette soirée vient de Michel Supéra, l’un des membres du Quatuor Inédits. La confrontation et l’alliance des timbres du saxophone et du violoncelle produit un résultat aussi inouï que séduisant. C’est aussi l’occasion de saluer la mémoire d’Adolphe Sax dont on célèbre le bicentenaire de la naissance et, par l’intermédiaire de Xavier qui jouera lesTrois Strophes sur le nom de Sacher au cours de ce programme, de rendre hommage à Henri Dutilleux, à qui j’avais demandé de prendre la présidence d’honneur du Festival dès mon arrivée. En 2012, je jouais Tout un monde lointain avec l’Orchestre des Flandres. Henri Dutilleux m’avait promis que, s’il le pouvait, il viendrait au Festival. Je le savais très fatigué. Deux heures avant le concert, j’ai reçu un coup de fil me disant qu’il était en route pour Beauvais. Vous imaginez notre bonheur à tous… L’an dernier quand, au deuxième jour du Festival, la nouvelle de son décès est arrivée, le choc a été très profond. Tout le monde avait le sentiment d’avoir vécu un moment unique auprès de lui lors de sa venue.

Vous évoquez Henri Dutilleux, je sais que vous le connaissiez très bien : quel souvenir gardez-vous de lui, qu’avez-vous retiré des échanges avec ce créateur ?  
E.B. : Il y deux dimensions : mon rapport à sa musique et à sa personne. La musique de Dutilleux m’a ouvert tant d’horizons… J’étais assez jeune lorsque j’ai abordé les Strophes, 15 ans environ ; je me souviens que je travaillais en même temps le Concerto de Schumann et la 3èmeSuite de Bach. Je n’avais jamais exploré la musique de Dutilleux ; un univers sonore incroyablement riche s’offrait à moi, le champ de recherche était illimité – et cela m’enrichissait pour travailler Bach et Schumann en parallèle. Très vite j’ai rêvé de rencontrer Dutilleux – j’avais tellement de question à lui poser ! -, de travailler avec lui. Lorsque j’ai eu le projet d’enregistrer les Strophes pour Harmonia Mundi, j’ai pris contact avec lui car je ne voulais pas faire mon CD sans son aval. Il m’a immédiatement répondu, avec générosité et de manière totalement accessible – la simplicité de cet homme était étourdissante… Lorsque nous nous sommes rencontrés, je lui ai d’abord joué les Strophes intégralement, puis nous avons eu une très longue discussion. La conclusion de tout ça était : « prenez des libertés car vous êtes dans l’esprit de l’œuvre ». Ça a été l’une des plus grandes leçons pour toute ma vie de musicienne. Dutilleux me donnait la liberté d’aller au-delà du texte, me montrait que le texte est un moyen et pas une fin en soi.

Revenons au Festival de Beauvais. L’aspect pédagogique est très présent aussi avec des masterclasses de Lluis Claret et de Raphael Wallfisch…
E.B. : La transmission compte beaucoup pour moi. La masterclass de Raphael Wallfisch se déroulera en public avec l’Orchestre Philharmonique de l’Oise et donnera à de jeunes violoncellistes l’occasion de jouer pour la première fois avec un grand orchestre (dans le 1er Concerto de Saint-Saëns). Dirigé par Thierry Pélicant, l’Orchestre comprend beaucoup de musiciens amateurs de très bon niveau, entourés de musiciens professionnels. Après Philippe Muller l’an dernier, c’est au tour de Raphael Wallfisch d’animer cette masterclass. La présence de Raphael présente une dimension symbolique pour moi car il est le fils d’Anita Lasker-Wallfisch, la violoncelliste du camp d’Auschwitz que j’incarne dans le Block 15. Anita sera présente au Festival. Elle avait seize ans quand elle a été déportée ; elle a ensuite été l’un des membres fondateurs de l’English Chamber Orchestra et a passé sa vie à dire que le violoncelle… lui a sauvé la vie ! La plus belle expression qu’on puisse en trouver est que son fils Raphael est un très grand violoncelliste et lui-même père d’un violoncelliste.  
Mais nous aurons aussi une masterclass de Lluis Claret, axée sur la musique pour violoncelle solo avec des œuvres de Bach, Cassado, Hindemith.

Alain Cochard © ConcertClassic 2014 >> accéder à l'article
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